Avenir de l’église Saint-Louis-de-France

Dans une lettre envoyée le 21 octobre 2020 à la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, au ministre de la Santé et des Services sociaux et à la ministre de la Culture et des Communications, nous avons appelé leur attention au sujet de l’achat de l’église Saint-Louis-de-France à Québec par le ministère de la Santé et des Services sociaux en vue de la démolir et d’y construire une maison des aînés.

En juin dernier, notre organisme avait d’ailleurs fait paraître un communiqué de presse à ce sujet.

Sans remettre en cause l’objectif d’offrir un milieu de vie plus favorable, Action patrimoine se questionne sur le choix de cette démarche.

Lettre envoyée le 21 octobre 2020 à la ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, au ministre de la Santé et des Services sociaux et à la ministre de la Culture et des Communications

 

 

Construite en 1960 par les architectes Robert Blatter, G.-Fernand Caron et Gilles Côté, l’église Saint-Louis-de-France est un exemple remarquable de l’architecture moderne au Québec. Le Conseil du patrimoine religieux du Québec lui confère d’ailleurs une valeur patrimoniale exceptionnelle (cote B).

 

Survenue seulement deux semaines après le dépôt du rapport de la Vérificatrice générale du Québec qui relevait le manque d’exemplarité de l’État en matière de patrimoine bâti, l’annonce de cette démolition préoccupe grandement notre organisme. Une étude d’intérêt patrimonial, réalisée en 2019 par le ministère de la Culture et des Communications, mentionnait l’importance des valeurs architecturale et historique de ce bâtiment. Une église moderne d’une aussi grande importance patrimoniale et dans un aussi bon état de conservation devrait plutôt faire l’objet d’un projet de requalification et de mise en valeur.

 

Sa réutilisation serait une occasion de corriger le tir et de répondre aux constats de la Vérificatrice générale. En effet, si le gouvernement ne se montre pas exemplaire dans la gestion du patrimoine, il devient difficile de l’exiger des autres acteurs comme les municipalités ou les citoyens.

 

Nous craignons également que cette décision ne crée un précédent qui permettrait de justifier d’autres démolitions patrimoniales. S’inscrivant dans la foulée du projet de loi 66, l’ensemble du projet bénéficierait de mesures d’accélération et de soustraction à l’application de la Loi sur l’aménagement et l’urbanisme. Tout porte à croire que ces mesures pourraient affecter d’autres bâtiments patrimoniaux qui, comme l’église Saint-Louis-de- France, ne sont pas protégés par la Loi sur le patrimoine culturel. Cette situation semble appeler malheureusement à un manque de cohésion entre les différents ministères, dont les conséquences se répercutent sur la préservation du patrimoine bâti. C’est pour cette raison même qu’Action patrimoine a choisi de vous adresser communément cette lettre.

 

Nous croyons que l’État aurait avantage à développer une vision interministérielle qui prend en considération la notion de patrimoine dans toutes ses décisions. Dans le dossier de l’église Saint-Louis-de-France, ainsi que dans celui du PL66, l’intervention de vos ministères est nécessaire afin d’éviter que d’autres décisions précipitées et irréversibles ne surviennent. La préservation de ce bâtiment moderne représente une occasion unique de faire preuve d’exemplarité. En ce sens, nous croyons fermement que l’église mérite d’être conservée et intégrée au cœur même du projet de la maison des aînés.

Le contenu des avis relève du comité Avis et prises de position (APP) qui a pour mandat de sensibiliser le plus grand nombre à la préservation du patrimoine bâti et des paysages culturels. 

Composé d’au moins cinq professionnels (urbanisme, architecture, histoire et patrimoine, pour plusieurs membres du conseil d’administration), ce comité se réunit à chaque mois. Les dossiers priorisés ont soit valeur d’exemple soit découlent d’une situation faisant craindre une perte imminente.

Par souci de transparence, nous publions les avis et prises de position sur ce site web quelques jours seulement après l’envoi au destinataire.