La requalification du patrimoine bâti, une priorité collective maintenant pour l’avenir
Réutiliser, adapter et mettre en valeur l’existant : voilà une vision d’avenir pour le Québec. Action patrimoine joint sa voix à sept autres organisations pour faire de la requalification du patrimoine bâti un véritable moteur de développement.
Face à la convergence de crises sociale, économique et environnementale, qui touche le Québec et met sous pression nos milieux de vie et nos modèles de développement, une réalité s’impose : une grande partie du bâti de demain existe déjà.
Or, ce patrimoine, qu’il soit public ou privé, ancien ou plus récent, est aujourd’hui négligé. Le vieillissement des infrastructures s’accompagne d’un déficit d’entretien important, tandis qu’un nombre croissant de bâtiments et d’ensembles, notamment patrimoniaux, sont désaffectés, vacants ou sous-utilisés, le tout créant des conditions qui peuvent amener cet actif à un point de non-retour quant à son maintien et à une valorisation viable. Cette situation contribue à une dégradation de nos milieux de vie, à une perte de valeur collective et économique et à un gaspillage de ressources que nous ne pouvons plus nous permettre.
Historiquement, les réponses apportées à ces défis ont largement reposé sur la production de nouvelles constructions. Si cela demeure une avenue valide ou nécessaire, cela ne peut constituer l’unique voie.
Le développement du Québec doit désormais s’appuyer sur de meilleures utilisation, adaptation et valorisation de l’existant, en particulier ces bâtiments et ensembles d’intérêt patrimonial qui contribuent à l’identité de nos territoires et de nos communautés.
Prendre soin de ce qui est déjà là n’est plus un choix : c’est une nécessité et une opportunité.
Le défi est de taille. Il appelle un changement de culture profond, tant dans les pratiques de développement que dans les cadres d’intervention publics. Il suppose également de reconnaître que la requalification du patrimoine bâti est un système complexe, au croisement des normes, des modes de financement et des procédures d’évaluation des projets et, bien entendu, de l’expertise. Agir sur un seul de ces leviers ne suffit pas : il faut une approche cohérente et intégrée qui mobilise et concerte l’ensemble des acteurs concernés.
Au cours des dernières années, des voix citoyennes, des ordres professionnels, des municipalités, des organismes en patrimoine et en développement économique ou social, se sont exprimés en ce sens. Ils témoignent d’une convergence et d’une volonté commune de contribuer à ce virage dont les gouvernements de tous ordres doivent prendre acte. Il est maintenant temps de passer à l’échelle suivante.
Nous appelons les gouvernements, et tout particulièrement le prochain gouvernement du Québec, à faire de la requalification des constructions, des ensembles bâtis et des infrastructures, notamment d’intérêt patrimonial, une priorité stratégique et à exercer un leadership clair et coordonné pour engager ce changement. Nous avançons les cinq principes suivants pour orienter cette transition.
Cinq principes pour orienter l’action
- Reconnaître la valeur stratégique du patrimoine : Le bâti existant, notamment les bâtiments et ensembles patrimoniaux, constitue un actif stratégique et une ressource collective essentielle, porteuse de valeur culturelle, sociale, environnementale et économique, un actif dont la requalification doit être considérée comme une priorité d’action.
- Donner préséance à l’existant et au patrimoine bâti : L’aménagement et le développement du territoire doivent s’appuyer sur l’existant et le déjà-bâti, en privilégiant d’abord son entretien, sa remise en état, son adaptation et sa réutilisation, pérenne ou transitoire, avant d’envisager de nouvelles constructions.
- Adapter les cadres d’intervention et de gestion aux réalités de l’existant : Les cadres normatifs, réglementaires, financiers et fiscaux doivent reconnaître les spécificités des constructions et du milieu bâti existants et permettre des approches adaptées à ses conditions réelles, en tenant compte des risques, des contraintes, des besoins d’entretien et des opportunités qui y sont associés.
- Favoriser une approche intégrée et collaborative : La requalification du bâti existant repose sur une collaboration étroite entre les acteurs et décideurs, les disciplines et les institutions, afin d’assurer des interventions cohérentes, concertées et efficaces, au bénéfice des communautés et de la qualité des milieux de vie, ainsi qu’une meilleure utilisation des ressources.
- Faire de la requalification un vecteur de développement et un levier de transition : La requalification du bâti existant doit être reconnue comme un vecteur de développement économique et social, contribuant à la vitalité et à la qualité des milieux de vie, à la consolidation des territoires et à la transition écologique, en cohérence avec les orientations d’aménagement et de développement du territoire.
Un appel au leadership
Nous sommes convaincus que le Québec dispose des compétences, des outils et des expériences nécessaires pour engager ce virage. Ce qui lui manque, c’est une impulsion claire et assumée, capable de fédérer les acteurs, d’aligner les cadres et de donner une direction commune. La requalification n’est pas un enjeu sectoriel : elle touche à la fois la qualité de vie, la culture, l’environnement et l’économie. Elle exige une vision d’ensemble, concertée et portée au plus haut niveau.
Nous appelons le prochain gouvernement à assumer ce leadership en faisant de la requalification de nos bâtiments, ensembles et infrastructures existants un projet collectif et un chantier prioritaire, dès le début du prochain mandat.
Le moment est venu d’agir ensemble. Nous y sommes prêts. Le serez-vous ?
Un texte de Robert Y. Girard, président, Héritage Montréal
Cosignataires
Pierre Corriveau, président, Ordre des architectes du Québec
Nathalie Prud’homme, présidente, Ordre des urbanistes du Québec
Isabelle Melançon, présidente-directrice générale, Institut de développement urbain du Québec
Béatrice Alain, directrice générale, Chantier de l’économie sociale
Renée Genest, directrice générale, Action patrimoine
Jocelyn Groulx, directeur général, Conseil du patrimoine religieux du Québec
Lyne Parent, directrice générale, Association des architectes en pratique privée du Québec
Suivi de dossier
Ce texte a fait l’objet d’une publication dans La Presse.

