Les parements de verre décoratif
Au début du XXe siècle, les avancées technologiques ont bouleversé l’industrie du verre et ont entraîné la création de plusieurs produits innovants, dont le verre structurel, le bloc de verre, le verre armé, le verre coloré, moulé, texturé, courbé, etc. Réservé surtout aux devantures commerciales, le parement de verre rappelle une période très dynamique de notre histoire architecturale. Plus précisément, le verre structurel, utilisé comme parement mural, était connu dans le commerce sous les noms de verre de Carrare, Vitriolite ou Sani Onyx et était fabriqué respectivement par les compagnies Pittsburgh American Glass, Libby Owens Ford et Mariette Manufacturing. Il permettait de créer des devantures colorées, au fini luisant, dans le goût moderniste des années 1930-1950.
Matériau opaque à base de chaux, le verre décoratif présente une surface extérieure polie et brillante et une surface intérieure rugueuse pour en faciliter l’adhérence. Les panneaux étaient posés contre le plâtre ou la maçonnerie avec du mastic d’asphalte chaud préparé sur place. La plupart étaient soutenus par des cornières de métal fixées au bas des panneaux. Des bandes de liège adhésives les séparaient et les joints horizontaux étaient finis avec un ciment à joint, de la même teinte que les panneaux. Les joints verticaux ne nécessitaient que d’être comblés au ciment à joint.
Conçus pour remplacer le marbre à des coûts plus bas, les panneaux de verre furent eux-mêmes, par la suite, supplantés par des matériaux moins dispendieux ou reflets de l’évolution des produits offerts sur le marché, tels le Masonite, le parement d’aluminium, les feuilles d’amiante-ciment, le canexel, etc.
Il existe de bonnes raisons de conserver et de protéger ces devantures de verre : il s’agit d’un revêtement durable, de bonne qualité et apprécié pour son esthétisme. Il donne aux rues commerciales la couleur et la diversité qui contribuent à les rendre attrayantes. Enfin, il en coûte souvent moins cher de réparer les panneaux de verre que de les remplacer. Un entretien régulier de même que des réparations appropriées devraient éviter que de simples fissures, à la surface des verres structuraux, n’entrainent de véritables problèmes.
Parce que ce matériau n’est plus fabriqué depuis quelques décennies, peu de gens ont l’expérience nécessaire pour le manier adéquatement. Les conseils et l’expertise sont rares et l’entretien et les réparations souvent négligés ou inadéquats. Devant ces difficultés, les propriétaires ont tendance à sous-estimer la valeur de ce revêtement et l’intérêt de le conserver.
Enfin, lorsqu’ils se trouvent sur des édifices plus anciens, les panneaux de verre du XXe siècle peuvent sembler trop modernes. Il ne faut cependant pas oublier qu’un bâtiment a sa propre histoire qui le rend souvent plus intéressant. Les propriétaires doivent donc être sensibles à la valeur de ces panneaux de verre, un matériau de qualité.
Problèmes les plus fréquents
Ce matériau présente certains désavantages : le verre se brise plus facilement que d’autres matériaux et, placé au rez-de-chaussée, il est exposé au vandalisme, aux effets du sel et aux chocs. De plus, il suffit d’un panneau endommagé pour créer une impression de détérioration, une allure négligée. Trois problèmes reviennent régulièrement avec ce revêtement : le matériau lui-même, les joints et le mastic. En rapport avec ces problèmes, voici quelques cas fréquents :
- L’absence ou le mauvais fonctionnement des gouttières a posé un problème d’écoulement d’eau sur la façade et abimé les panneaux de verre.
- L’installation d’enseignes ou d’auvents fixés au bâtiment, à travers le verre décoratif, en a provoqué le bris ou la détérioration.
- Des fissures ou des éclats sont apparus à la surface des panneaux de verre.
- Les panneaux ne sont pas bien fixés à la structure, le mastic d’asphalte a perdu de sa propriété adhésive au fil des ans et les panneaux tendent à décoller.
- Les cornières de soutien ne sont plus en place ou demandent à être alignées de nouveau ou remplacées.
- Les joints entre les panneaux se sont ouverts.
- Le craquelage ou la dégradation des joints de ciment laisse pénétrer l’eau et cause la rouille des ancrages, puis la dislocation des panneaux.
Solutions et méthodes d’intervention
Lorsque la devanture n’a pas subi de dommages trop importants, la solution la plus économique est d’effectuer les réparations sur place. Une bonne analyse des causes de la détérioration permettra de trouver les solutions appropriées.
Entretien, réparation ou remplacement du verre
- Les panneaux devraient être nettoyés régulièrement pour éviter que les fissures ne s’emplissent de poussière.
- À l’aide de produits de colmatage (produit à base de fibre de verre – bondo ou polyfibre – qu’on peut trouver dans les ateliers de débosselage), il est possible de combler les fissures importantes ou réparer des éclats à la surface des panneaux. Bien souvent le colmatage ne donne pas les résultats escomptés, la largeur du joint est difficile à régler à l’application et sa couleur ne s’appareille pas à l’ensemble. Ces réparations, plus apparentes que les fissures elles-mêmes, ne sont donc recommandées que lorsqu’une fissure entraine une infiltration d’eau.
- Afin d’harmoniser la couleur du produit avec celle des panneaux, ou pour appliquer sur le produit durci, il est possible d’utiliser de la peinture acrylique (matériel d’artiste).
- Des panneaux endommagés peuvent parfois être remplacés par d’autres, situés sur la façade, mais moins en vue.
Lorsqu’il manque seulement quelques éléments, il est conseillé de modifier légèrement la disposition de l’ensemble pour récupérer le nombre de panneaux nécessaires à la réparation. Par exemple, pour la nouvelle conception d’une façade, il est possible de démonter la rangée supérieure des panneaux afin de les poser ailleurs sur la devanture. Les panneaux de verre opaque situés en haut ou en bas de la devanture peuvent, s’il le faut, remplacer des panneaux cassés ou manquants. Comme les panneaux inférieurs risquent souvent de se briser, il est de toute façon souhaitable de leur substituer des matériaux plus résistants. Il faut toutefois veiller à ne pas trop modifier les proportions de la façade. N’hésitez pas non plus à récupérer certains panneaux de verre intacts qui sont cachés par l’affichage.
S’il est impossible de se procurer des panneaux de verre de remplacement, il faudra utiliser d’autres matériaux équivalents et compatibles.
Le plus approprié est le verre spandrel (noms de commerce : Spandrelite et Vitriolux), un verre à vitre renforcé, utilisé pour les immeubles commerciaux depuis les années 1960-1970. Sa teinte légèrement métallique possède toutefois des qualités de réflexion différentes de celles des parements de verre opaque.
Parfois, on peut employer le contreplaqué pour affichage extérieur appelé Crezon qui, recouvert d’une peinture d’émail brillant, s’harmonisera avec le verre opaque.
Réparation du mastic
Quelques dizaines d’années après la pose, le mastic d’asphalte (sous l’appellation originale de Mastic Palmer) perd de sa propriété adhésive et les panneaux tendent à décoller. Pour les fixer à nouveau ou pour les réparer, il faut enlever le vieux mastic et en appliquer du nouveau.
- Utiliser un pistolet chauffant pour ramollir le mastic et couper le mastic avec un fil fin et résistant (il est également possible d’utiliser un fil chauffant). Aux endroits où le fil ne peut servir, utiliser un instrument à levier, de préférence aussi mou que le bois. *Il est recommandé d’employer des ventouses pour maintenir les panneaux en place pendant que l’on décolle le mastic.
- Pour recoller les panneaux, il est plus efficace de se servir du type de mastic employé à l’époque. Il possède à la fois une souplesse et une capacité d’adhérence supérieures à celles des adhésifs contemporains à base de silicone ou de butyle, bien que ces derniers ne soient pas un mauvais choix. Le mastic d’asphalte, aujourd’hui appelé Gunther Mirror Mastic peut être obtenu auprès de l’entreprise C.R. Laurence Co. située à Anjou, Montréal. Toutefois, en consultant une entreprise spécialisée dans les miroirs, il est possible d’obtenir un produit équivalent.
Réparation des joints
- Pour réparer les joints horizontaux, il faut toujours placer un ruban de liège de 16mm (1/8 po) pour séparer les panneaux entre eux et limiter l’effet du poids. Ce ruban peut être remplacé par du Tuff-Pak (un composé de liège et de caoutchouc) ou par un ruban spécial employé pour l’installation des vitres d’auto.
- Pour combler les joints verticaux, on emploiera un ciment à joint appelé polyciment, offert dans les magasins de produits de construction.
- Pour harmoniser la couleur des joints à la couleur du panneau de verre, il suffit de mélanger une peinture de couleur au ciment.
Conseils
- Il est difficile de se procurer d’anciens panneaux de verre décoratif compatibles (teinte et épaisseur) avec ceux du bâtiment à restaurer. À moins de trouver dans le bâtiment des surplus de panneaux entreposés dans la cave ou le grenier après la construction de la façade de verre, il faudra songer aux solutions de remplacement. Dans le cas où tous les panneaux de verre sont remplacés, l’utilisation de matériaux peints peut se justifier. Dans le cas d’une réfection partielle, il faut veiller très soigneusement à harmoniser les couleurs.
- Les conseils d’un expert peuvent être d’un précieux secours, ou ceux d’une entreprise œuvrant dans les miroirs et le verre.
Bibliographie
- GAY, C. M. et H. PARKER, 1931, Materials and Methods of Architectural Construction. New-York, John Wiley and Sons.
- NATIONAL PARK SERVICE, 1975-2000, Preservation Briefs. Washington (D.C.), National Park Service Preservation, 12: « The Preservation of Historic Pigmented Structural Glass (Vitriolite and Carrara Glass) ».
- VARIN, F., 1992, « Les parements de verre décoratif », Continuité, 52 : 49-52. Disponible sur : http://id.erudit.org/iderudit/17720ac ; (consulté le 2/07/2023).
- YORKE, D. A. Jr., 1981, « Materials Conservation for the Twentieth Century: The Case for Structural Glass », Bulletin of the Association of Preservation Technology, 13, 3 : 19-29.


