Parements alternatifs au XXe siècle
Deux matériaux dignes d’intérêt ont marqué le XXe siècle : l’amiante-ciment et le parement de papier goudronné. Ils offraient une façon différente de revêtir les murs extérieurs et présentaient une bonne résistance à l’usure du temps. Pour plusieurs propriétaires, ils représentaient une option économique, à priori sans entretien et donnaient aux murs un aspect coloré et décoratif.
Parement d’amiante-ciment
L’industrie de l’amiante a développé dans les années 1900 un matériau de recouvrement inerte à base de 15% de fibres d’amiante Asbestos et de pâte de ciment Portland. Fabriqué sous la forme de tuiles plates, minces et de petite dimension, ce matériau de recouvrement présentait des propriétés très avantageuses par rapport au bois : dense, résistant aux moisissures, à la pourriture et aux insectes et réputé incombustible. Pour toutes ces raisons, son utilisation s’est répandue entre 1910 à 1940.
De nombreuses maisons en région, notamment en milieu rural, en ont été pourvues. La façon dont les tuiles étaient posées et agencées leur conférait un certain charme. Certaines municipalités, par exemple Charny, aujourd’hui un quartier de la ville de Lévis, recèlent une abondance de maisons au revêtement mural de tuiles d’amiante-ciment.
Les premières tuiles d’amiante-ciment (1900 -1930) étaient découpées en carré avec les angles tronqués. Elles étaient posées de biais avec un angle de 45 degrés afin de présenter l’aspect de losanges. Entre 1930 et 1940, les tuiles sont davantage taillées en grands rectangles posés dans leur longueur en rangs parallèles.
Peu affecté par les intempéries et ne nécessitant pratiquement pas d’entretien, ce revêtement a bien traversé le temps. Il faut ici rappeler que ce matériau ne représente aucun risque pour la santé, puisque la fibre d’amiante chrysolite est rendue inerte par son amalgame à la pâte de ciment Portland. Aussi, faut-il regarder la conservation du parement d’amiante-ciment positivement et sans crainte.
Problèmes les plus fréquents
- Des tuiles fissurées, fendillées, cassées, car elles présentent une faible résistance aux coups et aux chocs.
- Difficulté à trouver des tuiles de remplacement pour celles abimées ou cassées, le matériau n’étant plus fabriqué.
Solutions et méthodes d’intervention
- Il est possible de récupérer de vieilles tuiles provenant de démolitions ou encore de prélever des tuiles situées sur des parties cachées du bâtiment, comme par exemple, suite à la construction d’un appentis ou d’une galerie.
- Les tuiles d’amiante-ciment cassées peuvent être remplacées par du contreplaqué de bonne qualité de faible épaisseur aux dimensions des tuiles originales. Une peinture rendra ces tuiles de substitution indiscernables à première vue.
- Des tuiles de remplacement peuvent aussi être obtenues en découpant des panneaux de masonite dont l’épaisseur approche celle des tuiles d’amiante originales.
La pose de matériau
La pose de ce matériau s’apparente à celle de l’ardoise ou du bardeau de bois. Elle se fait par rangs du bas vers le haut du mur, en assurant le recouvrement nécessaire; chaque tuile se fixe à l’aide de 2 clous. Pour remplacer certaines tuiles cassées, l’utilisation du tire-clou peut faciliter le retrait des tuiles détériorées.
Renseignements pratiques
Les tuiles d’amiante-ciment, qui demeurent cassantes, doivent être manipulées avec soin. Aussi, les tuiles de remplacement, si elles sont d’amiante-ciment, doivent être pré-percées avant de les clouer, et l’être de façon à ne pas marteler la tuile même par des coups de marteau trop prononcés. Lorsqu’une tuile brisée est retirée pour être remplacée, il faut prendre soin de ne pas trop soulever la tuile qui la recouvre pour éviter qu’elle ne se casse.
Dans le cas de remplacements par des tuiles de contreplaqué ou de masonite, la précaution vaut lorsqu’on insère ces nouvelles tuiles répliques.
Coût et main-d’oeuvre
En soi, le remplacement de tuiles brisées demeure très abordable si on a accès à des tuiles d’amiante-ciment prélevées à des endroits moins visibles sous une galerie ou à l’intérieur d’un appentis. La fabrication de tuiles de remplacement en contreplaqué ou de masonite demeure à la portée de tous, et ce à un faible coût.
Parement de papier goudronné
Dans les années 1930, l’industrie a développé un matériau de recouvrement simulant la maçonnerie de brique. Inerte, fait d’un épais papier feutre goudronné sur lequel étaient appliquées par impression en relief des granules de céramique poreuse de terre cuite, le papier goudronné ou papier-brique donnait l’illusion de la richesse à faible coût. Fabriqué en rouleaux d’une hauteur d’environ 60 cm, les bandes continues étaient déroulées et clouées par léger chevauchement à partir du bas du mur. De 1930 à 1960, de nombreuses maisons en région, et en milieu rural, ont été pourvues de ce parement qui présentait à s’y méprendre l’aspect coloré de la maçonnerie de brique.
Problèmes les plus fréquents
Le papier goudronné agissait à la fois comme pare-air et comme pare-vapeur. Or, tout en reconnaissant les mérites de son utilité comme pare-air, ses propriétés de pare-vapeur ont souvent entrainé de la condensation entre le parement et la structure.
- Peu durable, il se dessèche et se décolle facilement.
- Infiltration de l’eau de pluie gardée captive par la porosité du papier goudronné, ce qui provoque des dommages à la structure du bâtiment.
Solutions et méthodes d’intervention
Ce matériau n’est plus disponible. Les propriétaires doivent donc se tourner vers un matériau plus durable et plus écologique : le bois est étant un matériau tout désigné. Pour déterminer le choix du nouveau revêtement, respectez l’harmonie des éléments architecturaux du bâtiment afin de conserver son caractère unique et d’assurer son intégration dans l’environnement bâti. Des recherches permettent de cerner la valeur du bâtiment : son âge, son histoire, ses particularités architecturales, les modifications apportées, etc. Avant d’intervenir sur le revêtement extérieur, sachez s’il est d’origine, s’il a été modifié, découvrez-en les particularités.
Renseignements pratiques
Ce matériau de recouvrement des murs a très souvent été appliqué sur un revêtement de bois d’origine; si l’état du papier feutre goudronné est dégradé et qu’il est prévu de le remplacer, il faudra procéder avec soin à son enlèvement pour ne pas abîmer un revêtement de bois sous-jacent, ce qui pourra se vérifier aisément après en avoir d’abord retiré une petite partie. On pourra alors mieux convenir du type de recouvrement à choisir.
Si, au contraire, le papier feutre goudronné demeure dans un bon état, on pourrait décider de le garder et de le mettre en valeur en peinturant avec des couleurs appropriées les encadrements et les planches cornières qui l’entourent ou, procéder à leur installation si ces dernières sont absentes.
Coûts et main-d’oeuvre
Les coûts varieront selon la décision de conserver ou non le revêtement de papier feutre goudronné : sa conservation jumelée à la peinture ou à la pose d’encadrements et de planches cornières représente une opération des plus abordables. Si on découvre sous-jacent un revêtement d’origine, les coûts porteront sur la réparation et la mise en valeur de ce revêtement, des travaux qui peuvent s’avérer simples ou complexes selon l’état de ce revêtement sous-jacent. S’il est décidé de procéder au remplacement du revêtement de papier feutre goudronné, les travaux nécessiteront l’achat de la planche à clin de bois, son installation par une entreprise spécialisée ou par un habile ouvrier bricoleur.
Bibliographie
- ANGERS, G., 2010, « Papier brique : ancêtre des revêtements sans entretien », journal La Presse.
- ANGERS, G., 2010, « Le papier brique d’autrefois : à la fois pare-air et pare-vapeur », journal La Presse.
- BERGERON, A., 2000, La rénovation des bâtiments. Québec, Presses de l’Université Laval.
- DUBOIS, M., 2001, « La tuile d’amiante-ciment dans les paysages bâtis traditionnels du Québec : une architecture vernaculaire à saveur industrielle », 2001, Journal de la Société pour l’Étude de l’architecture au Canada (JSÉAC), 26, 1-2 : 43-50.
- LONDON, M. et AL., 1984, Revêtements traditionnels. Montréal, Héritage Montréal.
- VARIN, F., 2004, « Des matériaux pour tromper l’œil », Continuité, 101 : 59-61. Disponible sur : https://id.erudit.org/iderudit/15685ac (consulté le 2/07/2023).


