Le revêtement de tôle embossée

Au XIXe siècle, l’industrialisation soutenue du bâtiment a favorisé l’émergence de nombreux produits de construction faciles d’usage et à la portée de toutes les bourses. Beaucoup de matériaux ont alors vu le jour à la faveur de la recherche technologique, notamment la tôle pressée ou embossée. Ce dernier matériau, développé vers les années 1870, a d’abord été utilisé comme revêtement intérieur dans des édifices institutionnels et commerciaux, car il était résistant et facile d’entretien.
Au tournant du XXe siècle, son usage se répand aux bâtiments résidentiels et on le retrouvera aussi bien à l’extérieur qu’à l’intérieur. Sa popularité devient telle que de nombreuses compagnies offrent aux consommateurs des centaines de motifs et parfois même un service d’aide sur les façons de bien poser la tôle. Les catalogues d’époque illustrent la variété et la richesse des motifs proposés qui s’inspiraient des styles architecturaux à la mode: classique, gothique, Art déco, etc. Pour l’extérieur, les motifs embossés reproduisaient les matériaux de construction traditionnels comme la brique, la pierre à bossage, le stuc, la tuile, l’ardoise, le bardeau, etc. La tôle embossée était également utilisée pour les couvertures.

Avant de poser le produit, commandé par catalogue, il fallait le laver avec une solution de vinaigre et d’eau, ou de térébenthine, pour enlever les résidus d’huile laissés par la presse. Une fois installées, les feuilles de tôle étaient peintes avec un apprêt pour métal à l’huile avant de recevoir deux couches de peinture. Parfois, au lieu de peindre la tôle, un fini était appliqué à la laque claire pour donner au métal un aspect lustré.

Figure 1 : Tôle embossée reproduisant la pierre à bossage © Crédit photo : François Varin
Figure 2 : Tôle embossée imitant la pierre et la tuile d’ardoise pour la toiture. © Crédit photo : François Varin

Problèmes les plus fréquents

      1. Le revêtement de tôle présente des traces de rouille, des perforations, ou des réparations inappropriées faites au fil des ans.

 

    1. Des parties sont manquantes et ne se trouvent pas aisément, sur le marché, ni le matériau ni le motif qui s’apparente à celui d’origine.

Solutions et méthodes d'intervention

Il est possible de réhabiliter ce matériau de construction qui enjolive certains de nos bâtiments anciens. La tôle embossée, si elle est encore en bon état, peut être facilement restaurée : elle peut être décapée et peinte avec une peinture au latex acrylique ou être laquée.

    1. Si on observe des trous ou des imperfections, les boucher à l’aide d’un mastic, poncer et repeindre si l’état du matériau l’exige ou le permet.

 

  1. Remplacer les parties abîmées par de nouvelles tôles ayant le même motif. Certaines entreprises, sur le marché américain, offrent aujourd’hui des reproductions : il est possible de trouver des pièces gaufrées dont les motifs se rapprochent des pièces à remplacer.

Avant la pose, les feuilles de tôle embossées doivent être préparées de la façon suivante :

  1. Laver les feuilles au Varsol pour favoriser l’adhérence de la peinture.
  2. Essuyer et sécher les feuilles de métal.
  3. Poser une couche d’apprêt à l’huile.
  4. Appliquer deux couches de peinture couleur aluminium pour garder l’apparence du métal, ou d’une autre couleur si désiré, et laisser sécher.
  5. Les feuilles de tôle s’installent de bas en haut pour assurer un chevauchement essentiel à l’étanchéité s’il est question d’un revêtement extérieur. Pour assurer une pose adéquate et d’équerre, les feuilles de tôle doivent être installées sur des lattes horizontales et verticales espacées selon les dimensions des feuilles de telle sorte que le positionnement des lattes correspond aux joints de rencontre des feuilles de métal.
  6. Peinturer les têtes-de-clou galvanisés une fois la tôle posée.
Figure 3 : Scott-Jonction - Reproduction de la pierre à bossage (1990) © Crédit photo : François Varin
Figure 4 : Scott-Jonction - Reproduction des bardeaux d'ardoise (1998) © Crédit photo : François Varin
Figure 5 : Scott-Jonction - Reproduction de la pierre à bossage (1990) © Crédit photo : François Varin

Renseignements pratiques

Certaines compagnies américaines offrent toujours ce produit. Le site WEB du Old House Journal Online  vous fera découvrir (notamment pour tous les aspects du bâtiment) les compagnies qui offrent ces produits par catalogue.
D’un point de vue esthétique, l’utilisation habituelle de grandes feuilles de métal n’est pas le choix le plus approprié pour le revêtement des murs, car cela entraine leur banalisation. Plusieurs municipalités en interdisent d’ailleurs l’usage, le restreignant au recouvrement des toitures. Toutefois, les feuilles de métal gaufré, de faibles dimensions, et installées à la façon des bardeaux de bois représentent un moment typique de l’histoire dans l’évolution des revêtements muraux et qu’à cet égard il ne devrait pas y avoir de restriction à leur usage surtout s’il s’agit de restaurer un tel revêtement déjà existant.

Coûts et main-d'oeuvre

Les feuilles de tôle , de faibles dimensions, demeurent pour leur installation à la portée de tout propriétaire habile de ses mains. Celui-ci doit respecter quelques règles élémentaires relatives au choix des clous, d’un métal semblable à celui des feuilles de tôle , au bon chevauchement et à la pose de solins aux changements de plan. Bien sûr, un couvreur ou un artisan reconnu saura avec compétence installer un tel revêtement.

Bibliographie

1. VARIN, François (1994). La tôle embossée, Continuité (62). p. 42-43. Adresse URI : http://id.erudit.org/iderudit/17337ac

2. JACKSON, Albert, et Al., The Complete Home Restoration Manual, Simon & Schuster (1992)

3. LONDON, Mark, et al., Revêtements traditionnels, Montréal : Héritage Montréal (1984).

4. POORE, Patricia et Labine, CLERN. The Old-house Journal New Compendium. New York, Dolphin Books, 1983. 426 p.

5. W.F. Norman Corporation [En ligne] Adresse URL : http://wfnorman.com/ Consulté le 10 janvier 2018

6. Metal ceiling Express [En ligne] Adresse URL : http://www.metalceilingexpress.com/ Consultée le 10 janvier 2018

Ces fiches techniques remaniées et illustrées sont le résultat d’une collaboration étroite entre le magazine Continuité, Action Patrimoine et leur auteur, l’architecte François Varin. Veuillez noter qu’elles se veulent un outil d’accompagnement pour guider la réflexion en matière d’intervention sur le patrimoine bâti; elles ne remplacent en rien l’expertise et le travail d’un professionnel.

© François Varin, Éditions Continuité et Action patrimoine. Révisions: François Varin, Louise Mercier et Alexandra Michaud. 
Dessins techniques: Alexandra Michaud ©