Le revêtement de brique

Le revêtement de brique

Au Québec, sous l’influence de la France, la brique est d’abord employée pour la construction des [tootip etiquette=’âtres’ texte=’Espace intérieur du foyer du bâtiment qui délimite la zone où se fait le feu ou la cuisson’] des foyers. Son usage se popularise au XIXe siècle sous l’influence américaine et on compte vers la fin de ce siècle plus d’une cinquantaine de briqueteries dans autant de villes. On a ainsi répertorié la présence de briqueteries dans l’Outaouais, en Estrie, près des grandes agglomérations, dans Charlevoix et davantage. De fait, on retrouve des constructions de briques dans la plupart des régions : les briques utilisées provenaient de la région immédiate ou étaient même importées des États-Unis.

Figure 1 : Âtre de cheminée datant de la fin du 19e siècle © Crédit photo : Alexandra Michaud

La fabrication de la brique

Initialement constituée d’argile simplement séchée au soleil, la brique a traversé les époques et les espaces pour nous offrir une variété de couleurs et de textures caractéristiques.


Les procédés d’extraction et de façonnage ont beaucoup évolué du XVIIe au XIXe siècle. D’abord extraite manuellement, puis à l’aide d’une pelle mécanique, l’argile est malaxée pour la rendre très plastique. Puis, elle est placée à la main dans des moules de bois ou de fer. Démoulées, mises à sécher au soleil pendant quelques jours, les briques sont ensuite cuites dans des fours de formes diverses. Selon leur position dans le four et le degré de cuisson, elles prennent des teintes différentes. Et selon la qualité de cette cuisson, elles servent au parement ou au remplissage du mur.


Dès le milieu du XIXe siècle, le façonnage mécanique permet d’accélérer le rythme de fabrication (vers 1870, la machine à mouler produisait de 50 à 80 briques à la minute) et d’imprimer la marque du fabricant sur les briques. Autre amélioration notable : l’ajout de sable à l’argile permet d’éviter les craquelures et la déformation de la brique qui, en séchant, rétrécit de 8 pourcents, puis d’environ 6 pourcents additionnel en cuisant.

Dimensions

Les dimensions finies des briques sont aussi légalement déterminées pour assurer aux acheteurs un minimum de poids et de matériel.

 

  1. La brique dite anglaise devait faire 9 pouces (22,9 cm) de longueur sur 2 ¼ pouces (5,7 cm) d’épaisseur et 4 ¼ pouces (10,8 cm) de largeur ;
  2. La brique de format moyen, appelée brique « française », devait mesurer 8 pouces (20,3 cm) de longueur sur 2 pouces (5 cm) d’épaisseur et 4 pouces (10 cm) de largeur ;
  3. La chantignolle, utilisée pour le recouvrement des sols et des [tootip etiquette=’âtres’ texte=’Espace intérieur du foyer du bâtiment qui délimite la zone où se fait le feu ou la cuisson’] de cheminées, était la moitié moins épaisse que cette brique anglaise.

Appareillages

La façon d’agencer les briques et l’usage de différents coloris permettent d’obtenir une grande variété de motifs décoratifs. Une brique posée sur sa longueur dans le sens du mur est dite posée en panneresse. Placée pour ne présenter que son extrémité (sa largeur), la brique est dite en boutisse. La brique posée en boutisse joue aussi un rôle structural en unissant différentes épaisseurs de parement.


Dans l’appareil commun ou américain, une assise de briques en boutisse alterne à toutes les 3 à 6 assises en panneresse. Dans l’appareil dit à la française, les assises en ppanneresse alternent régulièrement avec les assises en boutisse. Dans l’appareil flamand, boutisses et ppanneresses alternent dans une même assise. Dans l’appareil nommé flamand double, à une brique en boutisse succèdent deux briques en panneresse. Si toutes les briques sont posées soit en panneresse, soit en boutisse, l’appareil sera dit toute panneresse ou toute boutisse. L’utilisation de deux teintes de brique donnera un appareil dit à motif diamant.

Figure 2 : Motifs d'appareillage : a) appareil toute panneresse; b) appareil français; c) appareil flamand; d) appareil américain ou commun; e) appareil toute boutisse; f) appareil à motif diamant

Problèmes les plus fréquents

  1. Une brique dégradée à cause des intempéries ;
  2. Des briques dont la surface de cuisson est dégradée à la suite d’un nettoyage par trop abrasif ;
  3. Les joints de mortier sont érodés sous l’action du vent, de la pluie et des agents polluants présents dans l’air et provoquent une dislocation partielle ou totale des murs ;
  4. Des mouvements du sol entraînent des tassements partiels du mur de maçonnerie et des fissurations du parement ;
  5. Le gel et le dégel ont provoqué au fil du temps des mouvements répétés d’expansion et de contraction et ont miné l’adhérence entre les éléments de maçonnerie ;
  6. Une mauvaise conception de l’ouvrage peut provoquer des problèmes, par exemple : un profil de joints qui repousse mal l’eau; un mortier trop dur qui encaisse mal les mouvements d’expansion et de contraction; un mortier trop tendre qui se défait sous l’action des intempéries ;
  7. Des gouttières qui fonctionnent mal, des solins défectueux, etc. peuvent aussi entraîner la détérioration d’un revêtement de brique ;
  8. Une maçonnerie peinte au fil des ans avec une peinture trop étanche qui ne laisse pas l’humidité s’échapper rendant la brique fragile aux cycles de gel et dégel.
Figure 3 Une négligence au niveau de l'entretien peut mener à une détérioration majeure du mur de brique. © Crédit photo : Alexandra Michaud

Solutions et méthodes d'intervention

Habituellement, le travail de restauration de la maçonnerie consiste à refaire les joints, ce que l’on appelle le rejointoiement ou le jointoiement. Avant toute intervention, il faut vérifier la stabilité générale du mur afin de s’assurer qu’aucune défaillance structurale n’est à l’origine de la dégradation. Auquel cas, il faudra corriger la cause de cette défaillance structurale par une reprise en sous-œuvre des fondations, leur stabilisation ou leur réfection ; parfois, l’eau peut s’être infiltrée à l’endroit des ouvertures et entraîner des dommages internes. Aussi, il y a lieu de bien rendre étanches à l’infiltration d’eau les encadrements des ouvertures et assurer la mise en oeuvre de solins appropriés. La réparation d’une maçonnerie se divise en quatre étapes distinctes :

 

  1. La préparation de la maçonnerie ;
  2. Le mélange du mortier ;
  3. Le remplissage des joints ;
  4. Le profilage des joints.

a) La préparation de la maçonnerie

  1. Enlever le vieux mortier dégradé dans tous les joints avariés. Les endroits particulièrement affectés sont ceux où l’eau s’accumule : les souches de cheminées, le dessus et le dessous des fenêtres et des portes, le haut des murs près du rebord de la toiture, l’emplacement des gouttières, etc. Accorder toute l’attention nécessaire à cette étape, car une mauvaise préparation risque d’entraîner une mauvaise adhérence du nouveau mortier. Les briques trop détériorées pourront être remplacées par des briques de dimensions et de couleur similaires. Des entreprises reconnues offrent un éventail de possibilités : le prélèvement d’une brique d’origine servira alors de référence;
  2. Éviter à tout prix le recours à la meule électrique à l’étape de l’enlèvement du vieux mortier, car les risques sont trop grands de briser les arêtes des briques et même de les marquer de traits de meule. Seuls des maçons d’expérience peuvent manier adéquatement la meule et ils ne l’utiliseront d’ailleurs que pour les joints horizontaux d’un centimètre et plus d’épaisseur
  3. Éviter de briser les arêtes des briques en employant un ciseau à maçonnerie pas plus large que la moitié de l’épaisseur du joint à évider
  4. Enlever en profondeur jusqu’à 2 ½ fois l’épaisseur moyenne du joint.
  5. Une fois les joints évidés, nettoyer la poussière de mortier et la saleté accumulée. Utiliser alors de l’eau, un compresseur à air ou brosser la couche de saleté avec du détergent et rincer le tout avec le boyau d’arrosage.
  6. Si, au cours de l’opération de préparation, certaines briques se brisaient, on pourrait en recoller les morceaux avec de la colle à céramique ou, encore, remplir les trous ou colmater des brèches avec un mélange de colle et de poussière de la même couleur que la brique.
  7. Dans le cas où la maçonnerie de briques doit être nettoyée, l’opération devra être faite avant les réparations, car une fois nettoyé, le vieux mortier n’aura plus la même couleur.
Figure 4 : Réparation d'un mur de brique © Crédit photo : François Varin
Figure 5 : Réparation d'un mur de brique © Crédit photo : François Varin

b) Le mélange du mortier

  1. Harmoniser le nouveau mortier à la texture et à la couleur du mortier d’origine. La couleur du sable et des agrégats utilisés de même que celle du ciment déterminent la couleur et la texture du mortier.
  2. Faire des essais de mélanges pour trouver la bonne couleur et la bonne texture. La couleur du nouveau mortier devrait s’apparenter à celle du vieux mortier une fois mouillé.

c) Le remplissage des joints

  1. Mettre en place le nouveau mortier en prenant soin d’humecter d’abord les joints propres avec un vaporisateur.
  2. Utiliser une truelle légèrement plus étroite que l’épaisseur des joints à remplir.
  3. Combler les joints verticaux avant les joints horizontaux.

d) Le profilage des joints

  1. Afin de bien épouser les contours intérieurs de chaque joint et d’assurer une bonne adhérence du mortier, remplir les joints par couches successives d’environ un centimètre.
  2. Une fois le joint comblé à l’arasement du mur, lui donner le profil désiré à l’aide de l’outil approprié. Ce profil doit permettre un bon écoulement de l’eau. Joints plein, dégagé, saillant, creux, gras, lisse au fer, concave : autant de types déterminés selon l’appareillage du mur. Reprendre le même type de joint que celui existant assurera une homogénéité avec le reste du mur.
  3. Après environ 30 minutes, brosser la maçonnerie à l’aide d’une brosse à crin et d’un vaporisateur pour maintenir la maçonnerie humide. Laisser sécher durant au moins une semaine pour assurer la prise adéquate du mortier.
  4. L’efflorescence (dépôts de sels blanchâtres) qui survient dans les premiers mois après le rejointoiement disparaît de façon naturelle avec le temps. Si elle persiste, il faudra recourir au brossage à sec suivi d’un rinçage à l’eau claire. Surtout ne pas utiliser d’acide chlorhydrique qui ne fait qu’accroître le problème.

Le décapage du revêtement de brique

Pour dégager la brique de sa couche de peinture, on devrait faire appel à des entreprises spécialisées en cette matière. Elles procèderont par un décapage chimique avec de l’eau sous pression, et elles devront éviter le décapage au jet de sable qui dégrade la patine de la brique et provoque une érosion néfaste. La brique est constituée d’argile cuite et elle possède à sa surface une couche protectrice. Quand cette couche est attaquée ou détruite par le jet de sable, elle laisse à nu le matériau plus mou et poreux de l’intérieur, permettant ainsi à l’humidité d’infiltrer la brique et de la désagréger davantage. De plus, le jet de sable laisse souvent des piqûres qui déparent la surface. Lorsqu’un mur a ainsi été abîmé, il ne reste malheureusement plus souvent qu’à le couvrir de stuc ou d’un parement. Pour l’opération de décapage, il faut prévoir étaler les travaux sur plusieurs jours dépendamment de l’étendue de la surface à traiter.


On devrait éviter de peindre un revêtement de brique, mais plutôt insister pour conserver sa texture, sa couleur et sa patine. Des réparations faites au fil du temps qui sont apparentes et se distinguent facilement constituent d’une certaine façon des témoins de l’histoire et de l’évolution du bâtiment ; elles ne sont pas en soi préjudiciables à la belle apparence d’une maçonnerie de briques, pourvu que ces réparations aient été faites aussi à l’aide de briques d’argile dans une gamme de couleurs qui se rapproche de celle d’origine.

Conseils

Le nouveau mortier utilisé devrait avoir la même résistance que le vieux mortier et une résistance inférieure à celle de la brique. Un laboratoire de construction peut effectuer un test de résistance et identifier les proportions des composantes du vieux mortier. Un mortier de ciment trop dur, qui ne dissipe plus les efforts internes de tension, de dilatation et de contraction, provoque un écaillage de la brique.


Les produits de scellement (ou bouche-pores) au silicone, très populaires il y a quelques années, sont déconseillés, car ils provoquent de graves dommages en empêchant l’humidité de s’échapper du mur et en faisant sauter la couche de surface protectrice de la brique sous l’action répétée des cycles de gel et dégel.

Recette du mortier

Trois ingrédients entrent dans la composition du mortier : le ciment Portland, la chaux hydratée et le sable. Pour obtenir le bon mortier, on mélange d’abord à sec dans une brouette à l’aide d’une bêche 5 à 6 parties de chaux hydratée à une partie de ciment Portland (type I ou II selon la couleur désirée). Puis, on mélange, toujours à sec, 2 parties de sable à 1 à 1 ½ partie du mélange chaux-ciment. Il peut alors être nécessaire d’ajouter un additif de couleur au nouveau mélange. Enfin, de l’eau est ajoutée jusqu’à ce que l’on obtienne une consistance crémeuse et épaisse. Le mortier ne doit pas s’écouler de la truelle lorsqu’on la tient à la verticale.

Main-d'oeuvre

  1. Maçons d’expérience et compétents pour les maçonneries de briques d’argile.
  2. Plusieurs entreprises sont spécialisées dans le nettoyage des revêtements de brique et de pierre.
  3. Un bricoleur averti pourra faire le nettoyage de son revêtement de brique et de pierre après avoir consulté les personnes compétentes, notamment les compagnies qui vendent les produits de nettoyage, du détergent industriel au décapant de peinture en passant par toute une gamme de solutions chimiques.
  4. Le choix des briques de remplacement, si nécessaire, doit se faire avec attention afin d’utiliser des briques similaires en dimensions, texture et couleur. Plusieurs entreprises de maçonnerie offrent une diversité de briques pour répondre aux différents types utilisés au Québec.

Bibliographie

1. VARIN, François (2002). « La brique ou les couleurs de la terre », Continuité (95) p. 48-50. Adresse URI : http://id.erudit.org/iderudit/15549ac

2. American School of Correspondence, Cyclopedia of Architecture, Carpentry and Building, Chicago, 1909. 10 vol.

3. Audels, Masons and Builders Guides, Theo. Audel & Co.,New-york, 1924

4. BELLE, John, et al., Traditional Building Details for Building Restoration, Renovation and Rehabilitation from the 1932-1951 Editions of Architectural Graphic Standards, New York : Halsted Press (1988).

5. London, Mark et Bumbaru, Dinu, Maçonnerie traditionnelle. Coll. « Guide technique no 2 », Montréal, Héritage Montréal, 1984. 64 p.

6. London, Mark, Masonary, How to care for Old and Historic Brick and Stone, National Trust For Historic Preservation, 1988, 208 p.

7. Ritchie T. Nettoyage de la maçonnerie en brique, Digeste de la Construction au Canada no 194, juillet 1978. 4 p.

8. Plumridge, Andrew, Brickwork Architecture & Design, Sterling Publishing Co., New-York, 1993, 224 pages

9. Peirs, Giovani, La brique Fabrication et traditions constructives, Eyrolles, 2004, 110 pages

10. Ville de Québec, La maçonnerie de brique Collection, Maître d’œuvre, 1989, 24 pages

Ces fiches techniques remaniées et illustrées sont le résultat d’une collaboration étroite entre le magazine Continuité, Action Patrimoine et leur auteur, l’architecte François Varin. Veuillez noter qu’elles se veulent un outil d’accompagnement pour guider la réflexion en matière d’intervention sur le patrimoine bâti; elles ne remplacent en rien l’expertise et le travail d’un professionnel.

© François Varin, Éditions Continuité et Action patrimoine. Révisions: François Varin, Louise Mercier et Alexandra Michaud. 
Dessins techniques: Alexandra Michaud ©