Crépi

Le recouvrement de crépi

L’usage de crépi est fréquent et caractérise notamment l’architecture des débuts de la colonie. Il servait avant tout à protéger le bâtiment des sévices du climat et à éviter une dégradation de la maçonnerie, en particulier de la pierre et du mortier . Des raisons d’ordre esthétique justifiaient également son application. L’uniformité et la couleur claire du crépi mettaient en valeur les caractéristiques physiques de l’édifice, en soulignant le détail de sa composition architecturale. La conservation des crépis, témoins d’une pratique ancienne, est souhaitable lors de la restauration ou de travaux d’entretien sur les bâtiments patrimoniaux.

Composition

Les devis anciens sont souvent peu explicites et donnent une description sommaire sur la nature du crépi. Suivant des proportions étudiées, sa fabrication nécessite de la chaux éteinte, du sable et de l’eau. La couleur du crépi varie du blanc au crème, selon la nature de la chaux et du sable utilisés. Très souvent du sable de rivière. Puis, vers 1850, le ciment Portland s’ajoute comme matériau donnant au crépi une dureté exceptionnelle et une teinte grisâtre. Les devis du XIXe siècle ne mentionnent que l’obligation de poser un crépi à l’extérieur du bâtiment, sans donner davantage de précisions. La pose elle-même devait probablement être laissée à la compétence des maçons et relevait de l’art du métier.

Figure 1 : Crépi imitant la pierre de taille © Crédit photo : François Varin
Figure 2 : Tests de couleur de crépi © Crédit photo : François Varin

Rôle du crépi

Les murs anciens sont épais et le plus souvent constitués de moellons liés au mortier de chaux et sable. L’enduit appliqué sur ces maçonneries doit favoriser la migration de l’humidité générée par l’occupation du bâtiment. Imperméable, il doit protéger le mur sans constituer de barrière étanche. Plastique, il doit suivre sans se fissurer les déformations faibles, mais constantes observées dans les constructions anciennes. En conséquence, sa résistance doit être inférieure ou égale à celle de la maçonnerie du mur.

Figure 3 : Toiture à planches chevauchées et mur de crépi © Crédit photo : François Varin

Matériau

Les qualités physiques d’un crépi sont particulièrement importantes. Il est possible de retrouver une couleur et une texture qui s’apparentent à celles du revêtement original à partir d’échantillons réalisés avant l’exécution de l’ouvrage. Par l’emploi de sable de différentes teintes (selon la provenance), par l’usage d’un mélange bien dosé où la chaux demeure le constituant principal, ou parfois par l’addition en petite quantité d’un colorant à ciment sous la forme de pigments en poudre ; prendre soin de faire quelques essais préalables afin d’obtenir un mélange qui reproduit la couleur et la texture du crépi ancien.

 

Les ingrédients qui composent le crépi :

  • Le sable propre et exempt de matières végétales ;
  • Le ciment Portland conforme aux normes en vigueur ;
  • La chaux, commercialisée sous forme de poudre. Pour former une pâte plus ou moins épaisse, elle doit être mélangée à l’eau ;
  • Un agent de liaison à base de latex « Laticrete L », « Sika Latex » ou un équivalent si nécessaire.

Formules types

Compte tenu des différents facteurs évoqués et du cas d’espèce que représente chaque bâtiment, la prudence est de rigueur au moment de proposer une formule. En prélevant un échantillon du crépi d’origine, un laboratoire d’analyse saura identifier les composants et leurs proportions. Bien sûr, un maçon spécialisé en bâti ancien pourra adéquatement vous conseiller.
En retrouvant des méthodes anciennes, il est possible de concevoir des crépis résistants, souples et malléables. L’emploi de la chaux tant dans la composition des mortiers que des crépis est essentiel.

4 mesures de sable

Les matériaux seront mélangés à sec, puis on ajoutera de l’eau jusqu’à l’obtention d’un mélange homogène dont la plasticité s’apparente à celle du mortier . Dans ces formules, la provenance et la couleur du sable auront une incidence sur l’aspect final du crépi. En général, on applique trois couches de cet enduit : une première couche appelée « couche d’accrochage », une seconde dite « corps de l’enduit » et la dernière couche de « finition ».
Plus ou moins sophistiquées selon les cas, les recettes dans lesquelles entre de la chaux hydratée sont appropriées à la restauration de bâtiments anciens. Le mélange chaux-ciment-sable donne une texture douce, une couleur chaude qui conviennent bien à l’architecture ancienne.

Recette no 1

  • 1 partie de ciment ;
  • Chaux hydratée dans des proportions pouvant varier de 10 % à 40 % de la quantité de ciment —2 à 3 parties de sable selon les couches (c’est-à-dire plus de sable pour les couches de fond et intermédiaire et moins pour celle de la finition).

Recette no 2

N.B. Pour les besoins de cette formule, une partie équivaut en volume à un sac de ciment Portland en volume.
Couche de fond :

  • 1 partie de ciment Portland
  • 1/2 partie de chaux hydratée
  • 4 1/2 parties de sable
  • 1/2 once (15 grammes) d’agent de liaison à base de latex

Corps de l’enduit ou deuxième couche :

  • 1 partie de ciment Portland
  • 1 partie de chaux hydratée
  • 5 parties de sable
  • 3 onces (85 grammes) d’’un agent de liaison à base de latex

Couche de finition :

  • 1/2 partie de ciment Portland
  • 1 partie de chaux hydratée
  • 4 1/2 parties de sable
  • 1 1/2 once [36 grammes] d’un agent de liaison à base de latex.

 

Même si le choix du sable a une incidence sur la couleur finale du crépi et sur sa texture, on peut ajouter un colorant ou un pigment pour lui donner la teinte désirée. Toutefois, ces pigments ne devront pas excéder 10 % du poids du ciment utilisé. Cette formule expérimentée sur deux édifices dans les années 1980 s’est avérée d’une résistance et d’une plasticité intéressantes.

Problèmes fréquents

  • Des enduits trop durs à base de ciment qui fissurent, se rétractent et fendent et se décollent à la surface.
  • Des enduits trop étanches qui empêchent le mur de respirer. L’humidité retenue provoque des désordres importants (fissures, cloques, décollements par plaques).
Figure 4 : Enlèvement d'un crépi de ciment © Crédit photo : François Varin
Figure 5 : Crépi à gauche, badigeon de chaux à droite © Crédit photo : François Varin

Solutions et méthodes d'intervention

Deux cas de figure peuvent se présenter : celui de réparer le crépi par des reprises partielles aux endroits où le crépi s’est détaché du mur ou est simplement absent à certains endroits ; ou celui de devoir reprendre entièrement le crépi considérant sa grande détérioration. Auquel cas, il faudra dégarnir le mur en utilisant des outils à la main : la petite masse, le ciseau et la pointe ; il faudra éviter une méthode trop abrasive qui pourrait détériorer les joints et la maçonnerie.

 

a) Avant d’amorcer les travaux de crépi :

  • Déterminer approximativement l’âge du crépi et ses composants, sa couleur. Faire appel à un laboratoire d’analyse si nécessaire. Identifier les techniques employées au moment de sa construction.
  • Pour préserver l’harmonie de l’ensemble, observer les autres bâtiments crépis dans l’environnement de celui sur lequel on intervient.
  • Évaluer les conditions climatiques auxquelles est soumis le revêtement afin d’établir la résistance nécessaire du crépi. Un mur exposé au nord-est est davantage affecté par les variations climatiques.
  • Choisir la texture et la couleur désirées.

 

b) Préparer le mélange

  • Peu importe la recette utilisée, mélanger d’abord les ingrédients à sec. Ensuite, mélanger à la chaux hydratée ou encore à de l’eau pour les recettes qui ne demandent pas de la chaux hydratée. La chaux hydratée se présente en pâte et contient suffisamment d’eau. Il ne sera probablement pas nécessaire d’en ajouter au mélange. Soyez avisés en respectant les recommandations du fabricant des produits utilisés.
  • Ne mélanger que la quantité pouvant être appliquée en une trentaine de minutes.
  • Mélanger les matériaux jusqu’à l’obtention d’une pâte malléable et homogène. Utiliser de préférence un malaxeur. Moins il y aura d’eau, meilleur sera le crépi.

 

c) Appliquer le crépi

  • Avant d’appliquer le crépi, bien brosser ou gratter les surfaces à enduire, puis les mouiller
  • Par temps chaud et sec, garder les surfaces humidesà l’aide d’un vaporisateur ou du boyau d’arrosage avec une buse ajustée pour une fine pluie.
  • Éviter un assèchement prématuré du crépissage sur les bords du revêtement. S’il est impossible de finir un mur en une journée, délimiter des surfaces à crépir en fonction d’un raccord facile, selon les endroits de division naturelle (fenêtres, portes, coin du bâtiment, etc.).
  • Appliquer l’enduit à la truelle et la taloche en trois couches. Ces couches devront être d’épaisseur uniforme et épouser la surface de la maçonnerie sans nécessairement rechercher une régularité parfaite.
  • Avant d’appliquer chaque nouvelle couche, humidifier la couche précédente.
  • L’épaisseur moyenne de la couche de fond doit être de 6,25 cm (1/4 de pouce). Appliquer le crépi par jetée à la truelle afin de s’assurer d’une meilleure adhérence à la maçonnerie.
  • Laisser cette première couche rugueuse pour faciliter l’accrochage de la seconde. Après cette étape, l’idéal est de laisser sécher jusqu’au lendemain.
  • La deuxième couche ou corps de l’enduit est d’une épaisseur moyenne de 1,25 cm (1/2 pouce). Travailler le crépi sans le lisser à la truelle. Lorsqu’il commencera à durcir, pratiquer à sa surface un hachurage de manière à donner plus de prise à la couche de finition.
  • Laisser durcir cette couche complètement pour permettre aux efforts de tension, de contraction de se manifester. On pourra ainsi colmater les fissures et craquements éventuels au moment de la couche de finition.
  • Attendre une semaine avant d’appliquer la couche de finition étalée à l’aide d’une liane (grosse truelle plate de section rectangulaire), ou d’une lisseuse. Cette couche ne devra pas excéder 7 mm d’épaisseur.
  • La couche de finition sert à donner l’apparence finale du bâtiment. C’est alors que les encadrements de pierre taillée des ouvertures, par exemple, prennent tout leur relief.

d) Mûrissement du crépi

  • À l’aide de toiles, protéger les surfaces fraîchement crépies du soleil et du vent, et ce, afin d’éviter un assèchement trop rapide du crépi.
  • Dans les jours suivant l’application de la dernière couche, arroser légèrement et à intervalles réguliers les surfaces crépies. Une vapeur d’eau suffira à maintenir humide.

Figure 6 : Enduit sur un mur de maçonnerie a) couche de finition; b) corps de l'enduit; c) couche d'accrochage; d) mur de maçonnerie.
Figure 6 : Application d'une deuxième couche © Crédit photo : François Varin

Conseils

  • Prélever une petite partie de l’enduit d’origine afin d’harmoniser le nouveau crépi et l’ancien.
  • Éviter de crépir un mur lorsque la température est inférieure au point de congélation.

Bibliographie

1. VARIN, François (1984). Le crépi extérieur. Continuité (25), p.25-28. Adresse URI : http://id.erudit.org/iderudit/18500ac

2. JACKSON, Albert, et Al., The Complete Home Restoration Manual, Simon & Schuster (1992)

3. London, Mark et Bumbaru, Dinu, Maçonnerie traditionnelle. Coll. « Guide technique no 2 », Montréal, Héritage Montréal, 1984. 64 p.

4. McKee, Harley J. Introduction to Early American Masonry, Stone, Mortar and Plaster. Coll. « Series on the Technology of Early American Building ». The National Trust for Historic Preservation. Columbia University, 191 p.

5. NATIONAL PARK SERVICE, Preservation Briefs, 41 fascicules, Washington (D. C.) : National Park Service (1975-2000); fascicule 21 «The Preservation and Repair of Historic Stucco».

6. Olivier, Émile, Les Maçonneries, 5e Édition revue, Technologie des méthodes de construction, Tome II,1990, 228 p.

7. Varin, François et al.,(recueil d’articles), Entretien et restauration : de la fondation à la toiture, Québec : Conseil des monuments et sites du Québec (1985).

8. Ville de Québec, Guides Techniques Maître d’œuvre, 1988-1991, 15 guides de 24 pages; guide 8 «Les crépis et les enduits»

9. WEAVER, Martin E., Conserving Buildings : A Guide to Techniques and Materials, New York : John Wiley (1993).

Ces fiches techniques remaniées et illustrées sont le résultat d’une collaboration étroite entre le magazine Continuité, Action Patrimoine et leur auteur, l’architecte François Varin. Veuillez noter qu’elles se veulent un outil d’accompagnement pour guider la réflexion en matière d’intervention sur le patrimoine bâti; elles ne remplacent en rien l’expertise et le travail d’un professionnel.

© François Varin, Éditions Continuité et Action patrimoine. Révisions: François Varin, Louise Mercier et Alexandra Michaud. 
Dessins techniques: Alexandra Michaud ©