Vente de la Villa Saint-Jean à La Pocatière

Cette ancienne maison de repos pour prêtres à l’architecture moderniste, conçue en 1956, serait sur le point d’être vendue puis démolie pour laisser place à un projet résidentiel. La vente étant conditionnelle à un changement de zonage, nous avons communiqué avec le directeur de l’urbanisme de la Ville pour lui demander de prendre des mesures permettant de considérer la valeur patrimoniale de l’édifice avant de rendre une décision.

Lettre envoyée le 6 mars 2018 au directeur de l'urbanisme de la Ville de La Pocatière

Nous avons appris la possible vente par le diocèse de Sainte-Anne-de-la-Pocatière de l’ancienne Villa Saint-Jean et de son terrain, situés au 1015 de la 6e avenue Pilote à La Pocatière. Cette vente serait conditionnelle au changement de zonage du site qui se trouve en zone publique et institutionnelle. La Villa Saint-Jean serait quant à elle démolie.

 

Nous vous écrivons, car nous sommes d’avis qu’il s’agit d’un bâtiment d’intérêt qui mérite d’être considéré par la Ville. En effet, cette ancienne maison de repos pour les prêtres, construite en 1956, est une réalisation de l’architecte Lucien Mainguy et de son assistant d’origine polonaise, l’architecte Zbigniew Jarnuszkiewicz. Mainguy a conçu plusieurs bâtiments pour d’autres communautés religieuses dans la région de Québec, ainsi que les pavillons de la Faculté des sciences du campus de l’Université Laval, où il a aussi enseigné. Quant à Jarnuszkiewicz, il a reçu en 2001 la médaille du mérite de l’Ordre des architectes du Québec pour l’ensemble de son œuvre.

 

L’esprit moderniste de la Villa St-jean et du bâtiment de l’évêché, réalisé par les mêmes concepteurs en 1960, traduit l’ouverture et le caractère innovant de leur instigateur Monseigneur Bruno Desrochers, premier évêque du diocèse de Sainte-Anne. À ce jour, ces deux bâtiments ne figurent ni dans les inventaires patrimoniaux menés par la MRC de Kamouraska en 1990 et en 2000 ni dans celui des lieux de culte du Conseil du patrimoine religieux. Pourtant, on retrouve dans la Villa Saint-Jean un langage architectural rappelant la Maison provinciale des Ursulines à Québec, un bâtiment important de l’œuvre de Mainguy dont la valeur patrimoniale est détaillée dans le répertoire du patrimoine urbain de la capitale.

 

Nous croyons qu’avant d’autoriser le changement de zonage demandé pour le site de la Villa Saint-Jean, la municipalité devrait s’assurer d’avoir toutes les informations en main sur celui-ci. L’inclusion de la Villa dans un nouvel inventaire mis à jour permettrait en premier lieu de mieux identifier et de caractériser ce bâtiment. De plus, une étude patrimoniale de celui-ci nous semble importante afin que la Ville puisse prendre une décision éclairée quant à son avenir. Plusieurs options s’offrent pour assurer la sauvegarde et la mise en valeur de la Villa, qu’il s’agisse d’une citation en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel, de la mise en place d’un PPU ou encore d’un PIIA. L’instauration d’une fonction résidentielle sur ce site, comme le souhaite l’acheteur potentiel, peut être compatible avec la sauvegarde de la Villa Saint-Jean, nous croyons cependant qu’elle devrait être encadrée adéquatement afin de préserver ses qualités architecturales et ses traits distinctifs.

 

À ce sujet, l’adoption par la Ville de La Pocatière d’un règlement qui régit la démolition d’immeubles, construits avant 1951, est une initiative que nous saluons. Il s’agit d’une mesure bénéfique à la protection du cadre bâti, dont davantage de municipalités devraient s’inspirer. Cependant, au Québec, la période moderne est généralement identifiée entre 1945 et 1975. D’ailleurs, un comité d’étude sur le patrimoine religieux moderne, mis sur pied en 2016 par le ministère de la Culture et des Communications, s’est intéressé à des bâtiments construits entre ces deux dates. Nous suggérons donc à la Ville de La Pocatière de modifier son règlement sur la démolition d’immeubles pour y inclure les bâtiments de cette période, tels que la Villa, mais aussi la Cathédrale (1970) et l’évêché de Sainte-Anne-de-la-Pocatière (1960).

 

Nous savons que la Ville de La Pocatière a à cœur la protection de son patrimoine bâti et nous espérons donc qu’elle s’assurera d’obtenir toute l’information nécessaire pour prendre une décision éclairée quant à l’avenir de la Villa Saint-Jean. Action patrimoine reste à votre disposition pour accompagner, au besoin, la municipalité dans la protection et la mise en valeur de son patrimoine bâti.

Statut du dossier

À ce jour, aucune réponse à la lettre envoyée le 6 mars à la Ville de La Pocatière ne nous est parvenue. Le maire de la municipalité a affirmé auprès des médias qu’il n’avait pas l’intention de modifier la réglementation ou encore de prendre quelque mesure pour s’assurer de reconnaître et protéger le patrimoine moderne de La Pocatière.

Le contenu des avis relève du comité Avis et prises de position (APP) qui a pour mandat de sensibiliser le plus grand nombre à la préservation du patrimoine bâti et des paysages culturels. 

Composé d’au moins cinq professionnels (urbanisme, architecture, histoire et patrimoine, pour plusieurs membres du conseil d’administration), ce comité se réunit à chaque mois. Les dossiers priorisés ont soit valeur d’exemple soit découlent d’une situation faisant craindre une perte imminente.

Par souci de transparence, nous publions les avis et prises de position sur ce site web quelques jours seulement après l’envoi au destinataire.