Démolition du Centre Jean-Marie Roy

Cet ancien pavillon d’enseignement du séminaire Saint-Augustin construit en 1965 a été renommé en l’honneur de son architecte, une figure importante du mouvement moderne au Québec. Dans cette lettre envoyée le 20 mars dernier, nous demandons au conseil municipal de considérer la valeur architecturale et patrimoniale du bâtiment avant de procéder à un acte aussi irréversible qu’une démolition.

Lettre co-signée avec Docomomo Québec et envoyée le 20 mars 2018 au Conseil municipal de la Ville de Saint-Augustin-des-Desmaures

Nous vous écrivons au sujet de la décision prise par votre conseil le 20 février dernier concernant la démolition du Centre Jean-Marie Roy. Des membres et collaborateurs de nos organisations nous ont contactés pour nous faire part de leur vive inquiétude quant à l’avenir de ce bâtiment. C’est dans ce contexte que nous avons assisté à la séance d’information du conseil municipal tenue le 26 février dernier.

 

Présentons-nous. Action patrimoine est un organisme privé à but non lucratif qui œuvre depuis 1975 à protéger, à mettre en valeur et à faire connaître le patrimoine bâti et les paysages culturels du Québec. Autre association en matière de patrimoine, Docomomo Québec est la section locale de Docomomo International depuis 1993, une organisation vouée à la documentation et à la conservation de l’architecture du mouvement moderne et représentée dans plus de 70 pays et régions du monde.

 

Tout d’abord, nous sommes conscients des sommes importantes que la Ville de Saint-Augustin-de-Desmaures a déjà investies dans le Centre Jean-Marie Roy depuis qu’elle l’a acheté en 2009 et des travaux qu’il nécessite. Nous comprenons également la situation financière particulière de la municipalité. Cependant, nous ne pouvons passer sous silence certaines considérations dans ce dossier relativement à l’impact de cette décision sur le patrimoine moderne du Québec. En effet, bien que ce dossier ait été médiatisé, peu de cas a été fait de l’intérêt architectural et patrimonial du Centre Jean-Marie Roy. Nous sommes convaincus qu’avec de la vision et de la volonté, il est possible d’allier la sauvegarde du patrimoine à des décisions économiques viables et durables.

 

Considérant la signification historique et la valeur architecturale du bâtiment, œuvre de l’un des architectes les plus importants du mouvement moderne au Québec, la réalisation d’une étude patrimoniale est une étape fondamentale. Ainsi, malgré l’état avancé du dossier, nous vous demandons, en tant que municipalité exemplaire, de commander une telle étude avant d’engager la démolition. Par la suite, il nous paraît essentiel que cette étude ainsi que tous les autres documents relatifs à ce projet soient rendus accessibles aux citoyens. Ceci inclus l’étude produite par la firme d’experts-comptables Raymond Chabot Grant Thornton, qui chiffrerait à près de 25 millions de dollars le montant nécessaire à la rénovation du Centre Jean-Marie Roy. Une somme aussi importante se doit d’être ventilée afin que tout un chacun comprenne le contenu de cette estimation qui est déterminante dans l’analyse des différents scénarios à envisager. Avec toutes ces informations en main, les élus et les citoyens seront alors en mesure de prendre une décision éclairée quant au meilleur scénario pour les générations présentes et futures.

 

Convaincus de la nature de nos missions, nous soulignons également qu’il est démontré que le patrimoine bâti, lorsque mis en valeur, constitue à long terme un investissement profitable aux municipalités et qui engendre des milieux de vie plus attrayants. Bien que le Centre Jean-Marie Roy ne corresponde pas, pour le moment, aux besoins actuels de la municipalité en matière d’infrastructure, un esprit visionnaire allant au-delà du projet comptable et de la durée des mandats politiques doit motiver de telles décisions. Davantage de volonté de la part de la Ville pour prendre en compte l’élément patrimonial qu’elle a la chance de posséder mènerait à des solutions en harmonie avec ce dernier. Dépendamment des résultats d’une étude patrimoniale, la citation du bâtiment par la Ville en vertu de la Loi sur le patrimoine culturel serait une option à envisager, ce qui permettrait de financer une partie des travaux de réfection.

 

En plus des considérations déjà mentionnées, nous ne pouvons taire notre inquiétude quant à la qualité et la durabilité du projet de remplacement. En effet, lors de la soirée du 26 février, le maire a affirmé que le bâtiment en question n’allait pas « faire cent ans ». Une telle déclaration ne traduit effectivement pas une volonté de l’administration municipale d’offrir à ses citoyens une infrastructure pérenne. Or dans notre domaine, il est généralement admis d’envisager la perte d’un bâtiment d’intérêt si le projet de remplacement proposé est de qualité supérieure à l’édifice menacé.

 

Enfin, il serait judicieux que la Ville de Saint-Augustin-de-Desmaures adopte une vision à long terme définissant l’avenir du secteur, dans le but de préserver ce qui reste du campus de l’ancien Séminaire de Saint-Augustin. L’adoption d’un plan d’urbanisme, prévue en 2019, est un moment privilégié pour définir une telle vision. Un inventaire patrimonial à jour permettrait d’identifier tous les éléments d’intérêt pour ensuite mener à l’élaboration d’outils urbanistiques. Ceux-ci permettraient d’établir une meilleure protection du patrimoine bâti, de freiner la détérioration des paysages environnants au profit du développement immobilier, et de mieux encadrer ce dernier. Action patrimoine et Docomomo Québec sont disponibles pour collaborer avec la Ville à cette fin.

Statut du dossier

Le Centre Jean-Marie est désormais fermé au public depuis le 26 juin 2018. Le ministère de la Culture et des Communications du Québec a envoyé le 29 juin une lettre à la Ville de Saint-Augustin-de-Desmaures pour l’aviser qu’il levait le moratoire imposé jusque-là et qu’aucun classement du bâtiment n’aurait lieu. Le Centre Jean-Marie Roy sera donc démoli dans les prochains mois.

Le contenu des avis relève du comité Avis et prises de position (APP) qui a pour mandat de sensibiliser le plus grand nombre à la préservation du patrimoine bâti et des paysages culturels. 

Composé d’au moins cinq professionnels (urbanisme, architecture, histoire et patrimoine, pour plusieurs membres du conseil d’administration), ce comité se réunit à chaque mois. Les dossiers priorisés ont soit valeur d’exemple soit découlent d’une situation faisant craindre une perte imminente.

Par souci de transparence, nous publions les avis et prises de position sur ce site web quelques jours seulement après l’envoi au destinataire.