Couverture de bardeaux de bois

Historique

Le bardeau de bois, avec sa texture, sa patine, ses motifs et ses couleurs, joue un rôle décoratif important dans nos constructions. Dès le début du XXe siècle, de nouveaux produits ont peu à peu supplanté ce matériau autrefois abondamment utilisé pour le recouvrement des toitures et des murs. Depuis les années 1980, toutefois, une meilleure appréciation des mérites des matériaux traditionnels a incité les propriétaires à utiliser à nouveau le bardeau de bois, les limites des nouveaux revêtements se manifestant. Force a été de constater en effet que ces derniers exigeaient aussi de l’entretien et qu’ils pouvaient même avoir de fâcheux effets secondaires sur l’état et la structure des murs.
Le recours au bardeau nécessite cependant quelques précautions. À l’époque où le bois était abondant et les arbres de grandes dimensions, on prenait soin de couper des arbres bien matures, de les faire sécher pendant plusieurs mois et de les débiter sur quartier lorsque l’aspect d’une planche de bois est maillé et lorsque le trait de scie est médian au tronc, de fait l’arbre est débité de l’extérieur vers le centre à la façon d’une pointe de tarte.’]. On obtenait ainsi des pièces de bois de cœur au grain serré, résistantes aux intempéries, à l’usure et à la pourriture. Aujourd’hui, la ressource est exploitée plus rapidement et plus intensivement. Les arbres coupés sont jeunes et présentent des cercles de croissance moins rapprochés. Leur texture est moins dure et moins compacte. Ainsi, un bardeau présentant de l’aubier, partie tendre du bois où circule la sève, sera vite érodé et pourrira : l’aubier résiste peu à l’érosion et à l’humidité prolongée. Un bardeau dont les fibres ne sont pas rectilignes pourra, sous l’action répétée et alternée de la pluie et du soleil, gauchir et se fendiller. L’utilisation du bardeau de bois sur la couverture exige une plus grande attention que sur les murs où il résiste mieux à l’eau et aux intempéries en raison de la verticalité des parois. Mais, bien réalisée avec un matériau de choix, une toiture de bardeau de bois peut durer de 30 à 40 ans, d’autant plus si on installe du bardeau scié, l’eau glisse sur sa surface et est plus rapidement évacuée.’], et si ce dernier est biseauté pour faciliter l’écoulement de l’eau.

© Crédit photo : François Varin

Restauration des revêtements de bardeau de bois

Un mauvais choix de bardeau, à cause de ses dimensions, de l’orientation de son grain ou de la présence d’aubier, aura une incidence directe sur la résistance et la longévité du revêtement.
Pour la confection d’une couverture :

 

  1. Choisir un bardeau de cèdre de l’Est sans nœuds, de qualité A ;
  2. Opter si possible pour un bardeau scié, l’eau glisse sur sa surface et est plus rapidement évacuée.’] à la main et biseauté par un bricoleur averti. Il coûtera sans doute plus cher, mais il offrira une résistance supérieure à un bardeau scié qui expose des fibres brisées et déchirées propices à l’absorption de l’humidité ;
  3. Rechercher des bardeaux taillés dans du bois de cœur et dont le grain est vertical ;
  4. Choisir des bardeaux d’une largeur maximale de 16 à 20 cm (7 à 8 pouces). Plus larges, les bardeaux, soumis aux efforts de contraction et de dilatation sous l’action des intempéries, ont tendance à se fendiller.
  5. Utiliser des bardeaux traités individuellement par immersion dans un bassin de préservatif clair. Il peut s’agir de pentachlorophénol ou d’un produit comme « Formula 77 » naturel de Sico, etc. Ce traitement neutralise les types communs de champignons parasites du bois qui favorisent la pourriture.
  6. Afin d’assurer une plus grande durabilité de la peinture d’une toiture de bardeau, on peut aussi recourir, lors d’un remplacement de la couverture, à l’achat et à l’utilisation de bardeaux prépeints en usine dans les meilleures conditions. Certaines compagnies de fabrication de bardeaux offrent cette possibilité : cela est plus coûteux à l’achat, mais économique sur le long terme en minimisant l’entretien et la récurrence de la peinture.

Matériaux à proscrire

  1. Les bardeaux qui présentent une partie d’aubier. L’aubier se détériore rapidement avec le risque d’exposer les joints entre les bardeaux de rangs inférieurs ;
  2. Les bardeaux dont le grain est à plat, comme ces bardeaux dont la texture présente un motif de flamme. Ils se détériorent facilement. Il est préférable de les réserver pour les murs.

Problèmes les plus fréquents

On peut regrouper en quatre catégories les causes de défaillance des bardeaux de bois d’une couverture :

 

  1. Un mauvais choix de matériaux : présence d’aubier, largeur trop grande, bardeaux fendillés, etc. ;
  2. La détérioration naturelle du bois sous l’action des intempéries. Sous l’action de la pluie et du vent, le bois emmagasine de l’eau par ses rayons et ses alvéoles et devient sensible au développement de champignons et de pourriture. L’assèchement trop rapide du bardeau soumis à l’action alternée de la pluie et du soleil peut provoquer un gauchissement du matériau ;
  3. Une mauvaise méthode de pose. Tout en tenant compte des conditions du milieu et des particularités de construction du bâtiment, la méthode adoptée doit assurer une ventilation adéquate sous les bardeaux afin de faciliter leur assèchement ;
  4. Un mauvais entretien.

Méthodes d'intervention

La méthode de pose est un facteur déterminant pour la longévité de la couverture :

 

  1. Éviter d’utiliser le bardeau de bois sur un toit d’une pente inférieure à 30 degrés, une faible pente représentant un risque accru d’infiltration d’eau.
  2. Sur un bâtiment habité, apporter une attention particulière à l’aération et à la ventilation pour tenir compte de l’humidité provenant de l’intérieur, et de la nécessité d’assécher rapidement le bardeau.
  3. Assurer une ventilation adéquate sous les bardeaux en aménageant une chambre d’air. Pour la toiture d’un bâtiment inhabité, cette précaution est moins nécessaire.
  4. Éviter de poser le bardeau directement sur la couverture de bois, à plus forte raison s’il s’agit de contreplaqué (un revêtement de planches jointives posées traditionnellement possède l’avantage de permettre une certaine aération); le poser sur des lattes.
  5. Éviter la pose directe sur un papier goudronné, car le papier noir maintient un milieu humide propice au développement de la pourriture.
  6. Idéalement, poser d’abord un papier noir sur le recouvrement de la toiture, puis fixer les bardeaux sur des [tooltip etiquette=’lattes’ texte=’Pièce de bois de sous-construction, à l’origine fendu puis scié de forme rectangulaire (ép : 5 à 12mm et largeur : 30 à 45mm) dont la longueur varie selon les usages.’ de 2 cm sur 6 cm (1 pouce sur 3 pouces) installées parallèlement au rampant de la toiture afin de créer un espace d’air du bas vers le haut, adéquat pour la ventilation et l’assèchement des bardeaux.
  7. Dans le cas d’une toiture percée de lucarnes, remplacer les [tooltip etiquette=’lattes’ texte=’Pièce de bois de sous-construction, à l’origine fendu puis scié de forme rectangulaire (ép : 5 à 12mm et largeur : 30 à 45mm) dont la longueur varie selon les usages.’ de bois par un treillis de plastique conçu à cet effet et disponible chez certains quincailliers. De faible épaisseur, ce matériau permet un minimum d’aération tout en évitant d’épaissir le revêtement de façon inesthétique.
  8. Étancher le faîte en faisant se chevaucher des planches posées à l’horizontale sur chaque versant du toit de bardeaux (Figure 1)
  9. Commencer le recouvrement avec deux rangs de bardeaux superposés, de préférence trois rangs d’épaisseur, sur le bord ou l’égout du toit. Ces premières rangées de bardeaux débordent l’une sur l’autre d’environ 1 cm, de telle sorte qu’au total le débord est d’environ 3 cm de la ligne du planchéiage pour favoriser l’égouttement du toit et éviter les remontées d’eau par capillarité.
  10. Si on décide de teindre le bardeau, prendre soin avant la pose de l’immerger dans un bassin de teinture semi-transparente de la couleur désirée avec préservatif intégré. Il est aussi possible de le teindre une fois en place.
Figure 1 : Chevauchement des planches au faîte de la toiture

Conseils - La pose

Pour assurer une pose étanche du bardeau :

 

  1. Installer les bardeaux de façon jointive, en prévoyant entre eux un espace de 3 à 8 mm (1/8 à 3/8 de pouce) selon l’orientation du pan à couvrir ;
  2. Utiliser du clou galvanisé d’une longueur de 3 à 4 cm (1 1/4 à 1 3/4 de pouce).
  3. Planter deux clous au maximum par bardeau pour permettre le mouvement de contraction et de dilatation.
  4. Fixer les clous à 2,5 cm (1 pouce) au-dessus de la ligne du pureau et à 2 cm (3/4 de pouce) à l’intérieur de chaque rive (Figure 2 et 3) en ayant soin de ne pas écraser le bardeau : la tension ainsi créée entraînerait le fendillement du bardeau.
  5. Éviter soigneusement les alignements de joints d’un rang de bardeaux à l’autre : chaque joint entre les bardeaux d’un rang supérieur doit être décalé d’au moins 4 cm (1 1/2 pouce) par rapport à tout joint entre les bardeaux du rang inférieur.
Figure 2 : Pose du bardeau de bois
Figure 3 : Pose du bardeau de bois, vue en plan a) Distance entre les clous et la ligne du pureau : 2,5cm (1pouce) ; b) Clou à 2cm (3/4 de pouce) de l’intérieur de la rive

Conseils - Entretien

Toute déficience d’un revêtement de bardeaux doit être corrigée promptement :

  1. À l’aide d’un balai ou d’une brosse, enlever de la couverture les débris telles les feuilles, les aiguilles de pin, les mousses, etc. Ces débris retiennent l’humidité et créent un milieu propice aux champignons et aux moisissures.
  2. On peut recourir à un nettoyeur chimique (de type « Formule 22 » de Sico ou un équivalent) pour tuer les moisissures, les algues qui se nourrissent du bois et rafraîchir l’aspect du bardeau. Ne pas utiliser en plein soleil et rincer après l’application.
  3. Pour remplacer un bardeau, le retirer en insérant sous la surface un outil tire-clou (Figure 4), une sorte de long manche de métal forgé plat avec à son extrémité deux oreilles pour accrocher les clous d’un côté ou de l’autre, qui permettra de tirer sur les clous qui le retiennent. Mettre en place le nouveau bardeau en l’insérant à l’aide d’un maillet et d’un morceau de bois pour l’assujettir correctement. Le fixer avec deux clous posés de biais et colmatés. On peut vieillir le nouveau bardeau pour l’harmoniser avec le reste de la toiture en le badigeonnant avec une solution obtenue en mélangeant une boîte de soda à pâte à quatre litres d’eau.
  4. Tous les cinq ans, appliquer deux couches d’un préservatif du même type qu’indiqué précédemment.
Figure 4 : Tire-clou Modèle contemporain et modèle artisanal ancien © Crédit photo : François Varin

Renseignements pratiques

  1. Au nombre des outils requis : le tire-clou de forme spéciale pour retirer les clous qui retiennent les bardeaux abîmés ;
  2. Une toise de bardeaux sciés couvre 100 pieds carrés (environ 9,5 mètres carrés). La plupart des quincailleries vendent du bardeau scié. Si c’est pour la toiture, insister pour avoir un bardeau sans nœuds, qualité A. Le bardeau scié, l’eau glisse sur sa surface et est plus rapidement évacuée.’], produit aujourd’hui de façon artisanale, demeure le meilleur choix.

Main d'oeuvre

Un bricoleur habile peut aisément poser un revêtement en bardeaux si certaines règles de base sont bien observées : éviter l’alignement des joints de deux rangs successifs, bien choisir le bardeau, bien le clouer et exposer un pureau maximum de 10 cm (4 pouces). Pour l’alignement des rangs, vaut mieux être deux personnes : le travail s’en trouvera simplifié.

Le bois ; une matière vivante

Il faut tenir compte de la nature même du bois pour mieux comprendre les difficultés que pose sa conservation. Le bois, constitué de différentes matières organiques et inorganiques (lignine, cellulose, etc.), présente une structure microscopique semblable à celle d’une éponge : cette structure est faite de rayons, de canaux, d’alvéoles, de fibres de formes diverses qui transportent la sève et permettent la croissance de l’arbre. Et cette structure varie sensiblement d’une essence à l’autre et plus distinctement entre un résineux et un feuillu. Une coupe transversale d’un arbre montre deux parties bien distinctes : l’écorce et le ligneux. De l’écorce vers le centre de l’arbre, on trouve l’aubier, le cœur et le canal médullaire (la moelle de l’arbre) (Figure 5). Le cœur ou duramen est la partie la plus dure du bois. Il possède toutes les qualités propres à la construction. Les bois durs (les feuillus) se différencient des bois mous (les résineux) par une plus grande quantité de bois de cœur. Certains arbres, par exemple le peuplier et le tremble, sont constitués presque entièrement d’aubier. Cette partie lâche et moins consistante du bois se situe immédiatement près de l’écorce : c’est là que circule la sève. La coupe montre aussi un ensemble de cercles qui vont en s’agrandissant du centre vers l’extérieur de l’arbre. Chacun de ces cercles de croissance, ou « rayon circulaire », représente la croissance de l’arbre durant une année : à mesure que l’arbre grossit d’un nouveau cercle de croissance entre l’écorce et l’aubier, une partie de l’aubier se transforme en bois de cœur. Les essences d’arbres n’ont pas toutes les mêmes proportions d’aubier et de bois de cœur, ni ne croissent au même rythme, ni ne possèdent la même structure organique. C’est la raison pour laquelle certaines essences sont préférées à d’autres selon l’usage auquel on les destine.

Figure 5 : Coupe transversale d’un arbre a) Aubier ; b) rayon ligneux ; c) duramen ; d) anneaux de croissances ; e) écorce

Bibliographie

1. VARIN, François (1987).Le bardeau de bois, Continuité (36) p. 52-53. Adresse URI : http://id.erudit.org/iderudit/18830ac

2. VARIN, François (1997). À propos du bardeau de bois, Continuité (73) p. 60-62. Adresse URI : http://id.erudit.org/iderudit/17018ac

3. Ethnotech, Guide d’utilisation du bois, Saint-Apollinaire, c 1982, 17 pages;

4. Lessard, Michel et Vilandré, Gilles. La maison traditionnelle au Québec. Montréal, Les Éditions de l’Homme, 1974. 493 p.

5. London, Mark et Ostiguy, Mireille. Couvertures traditionnelles, Coll. « Guide technique no 1 » Montréal, Héritage Montréal, 1984. 64 p.

6.Moogk, Peter, Building a House in New France, Fitzhenry & Whiteside, c 2002, 156 pages

7.Nash, George, Renovating Old Houses, Taunton, c2003. 410 pages

8. NATIONAL PARK SERVICE, The Repair and Replacement of Historic Wooden Shingle Roofs, Preservation Brief, Washington (D. C.) : National Park Service (1975-2000)

9. Notman, Portrait of a Period, A Collection of Notman Photographs 1856-1915, McGill University Press, 1967,

10. Québec (2001). Profil des produits forestiers première transformation. Bardeaux de cèdre blanc de l’est. Rapport présenté au Ministère des Ressources naturelles Centre de recherche industrielle du Québec, 25 pages.

11. Québec (2006). Profil des produits forestiers première transformation. Bardeau de cèdre blanc de l’Est, tradition et innovation pour le parement de toit et de murs extérieurs. Centre de recherche industrielle du Québec et Ministère ressources naturelles et faune, 59 pages.

12. Ramsey Sleeper, Traditional Details from 1932-1951, John Wiley & Sons Inc., c1991, 285 pages;

13. Varin, François et al.,(recueil d’articles), Entretien et restauration : de la fondation à la toiture, Québec : Conseil des monuments et sites du Québec (1985).

Ces fiches techniques remaniées et illustrées sont le résultat d’une collaboration étroite entre le magazine Continuité, Action Patrimoine et leur auteur, l’architecte François Varin. Veuillez noter qu’elles se veulent un outil d’accompagnement pour guider la réflexion en matière d’intervention sur le patrimoine bâti; elles ne remplacent en rien l’expertise et le travail d’un professionnel.

© François Varin, Éditions Continuité et Action patrimoine. Révisions: François Varin, Louise Mercier et Alexandra Michaud. 
Dessins techniques: Alexandra Michaud ©