Cheminée

La partie extérieure de la cheminée, la souche, exposée aux intempéries, nécessite un entretien régulier. Cet entretien doit respecter le style de la cheminée qui reflète son époque de construction. L’intégrité stylistique et la bonne apparence du bâtiment en dépendent.
Les premières habitations des XVIIe et XVIIIe siècles comportaient des cheminées de pierre trapues, souvent crépies, élargies à leur base et sans couronnement particulier à l’extrémité de la souche (Figure 1). Ces premières cheminées étaient sans protection efficace à leur tête pour éloigner l’eau et empêcher son infiltration. Au fil des ans, les constructeurs ont ajouté à l’extrémité des cheminées des rejets d’eau (rejéteau) ou des dalles de couronnement pour corriger le problème. Ces dalles protégeaient le mortier et la maçonnerie contre l’infiltration d’eau.

Figure 1 : Cheminée du XVIIe et XVIIIe siècles Premier type de cheminée dont la protection contre les infiltrations d’eau était très peu efficace. © Crédit photo : François Varin
Figure 2 : Mitrons de terre-cuite © Crédit photo : François Varin

Vers le milieu du XIXe siècle, l’addition à la couronnement principal et conçu de manière à empêcher le plus possible l’eau de pénétrer dans la cheminée’] de mitrons (Figure 2) a facilité l’entretien de la cheminée et amélioré le tirant d’air en augmentant l’élévation du conduit. Le développement de mortiers hydrauliques très résistants a aussi permis d’accroître l’étanchéité de la maçonnerie et d’en réduire l’entretien. Comme ils n’étaient plus contraints de simplifier la ligne des cheminées afin de limiter les aspérités qui, retenant l’eau, favorisaient son infiltration dans la maçonnerie, les constructeurs ont varié la conception des souches. C’est ainsi que, à la fin du XIXe siècle, l’époque victorienne a produit des cheminées d’une élégance et d’une richesse sans précédent avec des jeux de briques disposées en encorbellement (Figures 3 et 4).
Le couronnement des souches extérieures de cheminée est un élément important de l’intégrité d’une maison, autant sur le plan visuel que fonctionnel. Il peut s’agir de grandes dalles installées à l’extrémité de la souche, d’un cordon de pierre servant de rejet d’eau ou de couronnement principal et conçu de manière à empêcher le plus possible l’eau de pénétrer dans la cheminée’] et mitrons prolongeant avec raffinement les conduits. Tous ces éléments caractérisent les cheminées et devraient être conservés.

Figure 3 : Cheminée avec couronnement de briques en encorbellement
Figure 4 : Cheminée avec couronnement de briques en encorbellement avec mitrons en terre-cuite © Crédit photo : François Varin

Restauration d'une cheminée

Les matériaux utilisés pour les cheminées sont :

 

  1. La pierre, brute ou de taille ;
  2. La brique ;
  3. Le crépi ou la tôle pour le recouvrement de la souche ;
  4. Les mitrons de terre cuite.

Elles sont parfois recouvertes de bois ou de tôle pour protéger la souche des intempéries et réduire l’entretien de la maçonnerie ou, par esthétique, en harmonisant le matériau de la souche avec celui de la toiture. On peut ici souligner la tradition dans certaines régions de construire de fausses souches de cheminée afin de présenter en apparence la présence d’une cheminée à chaque mur-pignon.

Problèmes fréquents

  1. Couronnement brisé, avec parties manquantes, dégradées, ou incomplètes ;
  2. Maçonnerie fissurée ou disloquée entraînant une instabilité et favorisant l’infiltration d’eau ;
  3. mitrons cassés, brisés ou remplacés par des substituts inappropriés ;
  4. Joints de brique ou de pierre évidés ;
  5. Cheminée hors d’aplomb, déformée par les cycles de gel et dégel qui gonflent les joints du côté des vents dominants. Une souche de cheminée qui penche vers le sud indique que la face orientée au nord, insuffisamment exposée au soleil, subit des tensions internes : les joints de cette face demeurent saturés d’eau, ce qui favorise la cristallisation de sulfates contenus dans le mortier. Les joints gonflés offrent peu de résistance aux intempéries et se désagrègent.
  6. Les solins déficients entraînant souvent une infiltration d’eau autour de la souche de cheminée. À cet égard, il faut aussi observer l’état de la selle située entre la souche de la cheminée et du rampant de la toiture afin de vérifier son bon état et sa bonne étanchéité (Figure 5).
Figure 5 : Cheminée avec selle La selle permet de prévenir l ’accumulation potentielle de neige entre la toiture et la souche et d’améliorer l’étanchéité de cette liaison.

Si la souche extérieure d’une cheminée désaffectée a été arasée jusqu’au niveau intérieur de la toiture à la faveur de travaux de réfection de la toiture, il peut en résulter un problème d’étanchéité à l’endroit de la reprise de la couverture, sans parler des conséquences regrettables sur la mise en valeur de la toiture. Car, en effet, une couverture sans sa cheminée perd en élégance et en stature. Il devient alors approprié de reconstruire la souche et la cheminée.

Solutions et méthodes d’intervention

  1. Refaire les joints dégradés en enlevant le mortier lâche avant de les rejointoyer avec un bon mortier à maçonnerie approprié d’une bonne résistance et d’une couleur qui s’harmonise avec le reste de la maçonnerie.
  2. Lorsque la démolition de la souche s’impose pour des raisons d’instabilité, faire un relevé photographique et prendre les mesures de la portion à démolir. La reconstruction en sera facilitée, surtout s’il s’agit d’une cheminée de briques avec encorbellement.
  3. Démonter la maçonnerie hors d’aplomb, effritée ou disloquée jusqu’à un niveau plus sain pour ensuite la reconstruire. Réutiliser alors de la pierre ou de la brique semblable et respecter le détail et la façon de faire.
  4. Remettre en place les dalles ou les mitrons déplacés et rejointoyer le tout.
  5. Installer de bons solins repliés sur une longueur suffisante contre les parois verticales de la souche afin d’éviter la pénétration d’eau.
  6. Installer ces solins de manière harmonieuse en suivant les joints de la maçonnerie.

g. Recrépir les parois de pierre ou de brique intérieures d’une cheminée au conduit maçonné abîmé afin d’éliminer ou de prévenir les fuites d’air : cette opération appelée « chemisage » permet par l’application d’un nouveau crépi de boucher tous les interstices et fissures intérieures et de bloquer l’infiltration de la fumée et sa dissémination dans l’air ambiant intérieur et, aussi, d’éviter les risques d’incendie. Crépir la portion accessible à partir de l’embouchure extérieure du conduit. Pour recrépir les parois situées à un niveau plus bas, faire des percées assez grandes et espacées d’un à deux mètres sur toute la hauteur du conduit.
h. Une autre solution consiste à glisser un conduit flexible conçu pour cet usage dans le conduit de cheminée et de faire les raccordements d’étanchéité appropriés (Figure 6). Cette opération doit être menée avec précision pour que le conduit de cheminée soit sur toute sa hauteur très étanche. La meilleure solution demeure celle de réparer et d’entretenir la cheminée, ses conduits et la souche en respectant son intégrité physique et les façons selon lesquelles elle a été construite.

Figure 6 : Insertion d’un nouveau conduit flexible

Renseignements pratiques

  1. Pour recrépir un conduit maçonné, il est recommandé de faire appel à un maçon d’expérience qui assurera l’étanchéité du conduit.
  2. Les coûts des travaux d’entretien ou de réparation dépendent évidemment de l’état de dégradation de la cheminée.
  3. Pour une reprise de maçonnerie, il faudra tenir compte de la démolition, du coût d’achat et de préparation des nouveaux éléments de maçonnerie et de la location d’échafaudages. Ce coût augmentera substantiellement s’il faut tailler la pierre de façon particulière ou si l’on reproduit une souche de brique d’une facture complexe.
  4. Quant aux mitrons, plusieurs compagnies en fabriquent, il suffit de consulter le Web.

Conseils

  1. Vérifier fréquemment l’étanchéité et la stabilité du couronnement qui empêchent la pénétration d’eau.
  2. S’assurer de l’étanchéité du pourtour de la cheminée, là où elle perce la toiture, en observant dans les combles s’il y a autour de la cheminée des traces d’infiltration d’eau.
  3. Prendre quelques photographies avant d’entreprendre des travaux de manière à pouvoir respecter le modèle existant.
  4. Pour éliminer les risques d’incendie, faire ramoner les conduits de cheminée chaque année afin d’enlever les dépôts de combustion.
  5. L’observation de l’intérieur des conduits se fait en l’éclairant sur toute sa hauteur. Des entreprises peuvent aussi mener des essais de fumée pour en apprécier la qualité et l’étanchéité.

Bibliographie

1. VARIN, François (1984). L’entretien des cheminées extérieures, Continuité (22), p. 25-28. Adresse URI : http://id.erudit.org/iderudit/18853ac

2. VARIN, François (1998). Le manteau de cheminée, Continuité (75), p. 50-52. Adresse URI : http://id.erudit.org/iderudit/17054ac

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10. NASH, George, Renovating Old Houses, The Taunton Press, (2003)

11. NOPPEN, Luc, et al, Québec trois siècles d’architecture, Montréal : Libre Expression (1979).

12. Poore, Patricia et Labine, Clern. The Old-house Journal New Compendium. New York, Dolphin Books, 1983. 426 p.

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14. Rybczynski, Witold, Le Confort, Cinq siècles d’habitation, Éditions Du Roseau, 1989, 283 p.

15. Varin, François et al.,(recueil d’articles), Entretien et restauration : de la fondation à la toiture, Québec : Conseil des monuments et sites du Québec (1985).

Ces fiches techniques remaniées et illustrées sont le résultat d’une collaboration étroite entre le magazine Continuité, Action Patrimoine et leur auteur, l’architecte François Varin. Veuillez noter qu’elles se veulent un outil d’accompagnement pour guider la réflexion en matière d’intervention sur le patrimoine bâti; elles ne remplacent en rien l’expertise et le travail d’un professionnel.

© François Varin, Éditions Continuité et Action patrimoine. Révisions: François Varin, Louise Mercier et Alexandra Michaud. 
Dessins techniques: Alexandra Michaud ©